Le Zen en guerre, 1868-1945 PDF

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Comment les écoles du zen ont-elles pu, à ce point et dès l’aube du XXe siècle, identifier bouddhisme et militarisme impérial ? Comment ont-elles pu collecter des fonds pour soutenir l’effort de guerre, organiser des cérémonies pour obtenir la victoire, créer des centres d’instruction réactivant ainsi le mythe du moine guerrier ? Alors qu’on s’interroge aujourd’hui sur les rapports entre les religions et la guerre, Brian Victoria apporte une importante contribution à cette réflexion en dévoilant comment le bouddhisme japonais s’est dévoyé en devenant une idéologie au service d’un pouvoir agressif et impérialiste.

C’est là la manifestation de la plus haute sagesse de l’éveil. L’unité du zen et de la guerre se propage jusqu’aux confins de la guerre sainte qui est maintenant en cours. Les guerriers qui sacrifient leur vie pour l’empereur ne mourront pas. En vérité, on devrait les appeler des dieux et des bouddhas pour qui il n’y a ni vie ni mort. Là où il y a loyauté absolue, il n’y a ni vie ni mort. Depuis l’ère Meiji, notre école a coopéré à la conduite de la guerre. Des idées de « guerres saintes » et de religions occidentales nous viennent à l’esprit.

Le Dieu de l’Exode ordonne l’extermination des Cananéens, en instruisant son peuple élu de ne « leur montrer aucune pitié ». Le commandement « Tu ne tueras point » ne s’appliquait pas aux Gentils. En 1095, le pape Urbain II ordonnait aux croisés qui partaient à Jérusalem de « tuer les ennemis de Dieu ». En deux jours, les soldats chrétiens massacrèrent 40.

000 musulmans qui n’étaient que des « ordures » inhumaines. D’un autre côté, on a toujours dépeint le bouddhisme comme la religion de la paix. Il n’y a jamais eu de guerre bouddhiste » ai-je souvent entendu pendant des années. Lorsque le royaume des Shâkya se trouva sous la menace d’une invasion, le Bouddha s’assit en méditation sur le chemin des soldats, arrêtant net leur attaque. Lorsque le roi indien Ashoka se convertit au bouddhisme, il mit un terme à ses expéditions militaires et érigea des piliers de la paix.

Et maintenant, voici qu’un nouvel essai va radicalement ébranler cette vision du bouddhisme. Brian Victoria, un moine occidental zen sôtô qui travaille à l’Université d’Auckland. Victoria révèle l’histoire de la collusion des institutions du zen japonais et de la machine de guerre impériale, de la fin du dix-neuvième siècle jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. La plupart des bouddhistes occidentaux trouveront cet exposé dérangeant pour le cœur et pour l’esprit. Des maîtres zen éveillés qui s’engagent en faveur de la guerre, voilà qui contredit tout ce que nous connaissons des enseignements du Bouddha. Après la guerre, la tradition zen japonaise, tout comme le pays lui-même, se réfugia dans une amnésie collective sur sa complicité dans la guerre. Le zen en guerre » n’aurait pu être écrit au Japon.

Pour découvrir ces faits, il fallait quelqu’un d’extérieur au monde japonais de la loyauté qui puisse fouiller et poser des questions dérangeantes. On a pressé Victoria de ne pas publier ce livre. Un moine chinois lui a laissé entendre que le dharma pourrait en être diffamé. Mais, ainsi que le fait justement remarquer Victoria, la vérité n’est jamais de la diffamation. En affrontant ce que Robert Aitken rôshi a appelé « le côté obscur de notre héritage », la situation est des plus complexe. Il nous faut tout d’abord comprendre le contexte historique et culturel. Il nous faut ensuite avoir le courage de réfléchir aux nombreuses questions dérangeantes et difficiles que soulève ce pan de l’histoire.

Il serait tentant de le laisser de côté en y voyant une aberration japonaise duue aux temps de guerre, qui serait du passé et qui ne se reproduirait plus. Près d’un demi-million de temples furent construits. Le sacerdoce bouddhiste devint un instrument dans les mains du gouvernement féodal. Chaque foyer devait être affilié à un temple local. Une telle opulence et un tel pouvoir ne furent pas sans conséquence. Selon Victoria, sous la bannière du shintô, l’empereur était vénéré comme un dieu vivant – « la sagesse sans ego de l’univers ». La loi impériale et le dharma furent considérés comme identiques – « zen de la Voie impériale » par opposition au « zen de la Voie du Bouddha ».