Distance professionnelle et qualité du soin PDF

Un article de Wikipédia, l’encyclopédie libre. L’éducation des enfants, ici par une servante fille d’esclave en 1900, distance professionnelle et qualité du soin PDF partie du champ du travail du care. Photographie conservée au Royal Museums Greenwich. Cette éthique place aussi au cœur de sa réflexion l’impact concret de nos choix et actions, par opposition à des théories abstraites de la justice, élaborées à partir de principes.


Portés par le désir de réparation, bien des acteurs du soin sont pris dans une identification excessive au malade, synonyme de culpabilisation ou de soins imposés avec de trop bonnes intentions… Doivent-ils cependant, pour éviter cette implication sans distance, basculer dans une distance froide, posture défensive insatisfaisante pour le professionnel et déshumanisante pour la personne soignée. C’est alors la perte de sens qui pèse lourd dans l’épuisement des équipes, car on ne peut réduire l’acte de soin à une simple prestation de service entre fournisseur et client. Comment favoriser les compétences relationnelles des acteurs du soin, dans le contexte éprouvant de la maladie, de la souffrance et de la mort ? La  » gestion du stress  » suffit-elle pour trouver de la distance ? Quels dispositifs mettre en place pour penser individuellement et collectivement les ombres et les lumières de cette activité de soin dont aucune société ne pourrait se passer ? Ce sont les défis posés aux cadres de santé, confrontés aux difficultés voire à l’épuisement des soignants, alors que les impératifs complexes des établissements de santé précipitent chacun dans des contraintes plurielles. Les auteurs de cet ouvrage collectif, pour la plupart cadres de santé en exercice, invitent le lecteur à être attentif aux enjeux affectifs de la relation d’aide, aux espaces de parole, à linterdisciplinarité, aux actions de formation… et à sa propre façon d’habiter la place du cadre, entre proximité et distance. Sous forme de témoignages, d’analyses ou d’entretiens, ces co-auteurs développent des points de vue parfois contrastés sur ces questions, tout en s’accordant sur un point : il est urgent de mettre la distance professionnelle au service de la qualité du soin.

Plutôt que d’attribuer la tendance apparente du retard moral des filles à une construction sociale patriarcale du genre féminin, Gilligan enquêta sur les discours moraux des jeunes filles pour découvrir une singularité qui aurait échappé à la classification de Kohlberg. Pour la psychologue, éthique de la sollicitude, enracinée dans les situations singulières est complémentaire de l’éthique plus classique, détachée, de Kohlberg. Le care désigne l’ensemble des gestes et des paroles essentielles visant le maintien de la vie et de la dignité des personnes, bien au-delà des seuls soins de santé. Cette éthique féministe met au centre de l’expérience morale la dépendance et le souci de l’autre, plutôt que la liberté et le détachement. Ceci la place en opposition avec les conceptions kantiennes et rationalistes de la moralité.

Les valeurs morales de soin, d’attention à autrui, de sollicitude se trouvent souvent identifiées de prime abord par le sens commun comme étant spécifiquement féminines. L’éthique du care critique l’idée que certains traits de caractère typiquement associés aux femmes leur seraient naturels : compassion, souci de l’autre, dévouement, oubli de soi. Ces dispositions et attitudes ne sont pas propres aux femmes, mais socialement et culturellement distribuées. Dans cette perspective, l’éthique de la sollicitude peut et doit concerner chacun dans la mesure où chacun est ou peut devenir un  aidant . Ainsi, l’éthique de la sollicitude peut être comprise comme une phénoménologie du rapport de soin, d’attention, de sollicitude entre soignants et soignés, aidants et aidés. L’étude de cette relation mérite d’être réalisée selon différents angles d’analyse. Le mot sollicitude est généralement employé comme équivalent du mot anglais care.

Ce dernier était employé dans les premiers travaux français sur le sujet, avant que l’équivalent consensuel sollicitude ait été consacré par l’usage. Les difficultés à traduire le « care » contribuent au maintien de l’expression anglaise dans plusieurs œuvres francophones et sont fréquemment discutées. Celles-ci sont beaucoup plus investies dans les relations de soin qui les attachent à autrui, alors que les hommes portent plus d’intérêt à la construction individuelle et font davantage place à la compétition. Pour Joan Tronto, la sollicitude ne doit pas s’en tenir seulement à une attitude morale : elle considère le sens social d’une activité de soins, pourtant mal rémunérée et peu considérée, alors qu’elle constitue un rouage essentiel de la société de marché. Elle appelle à professionnaliser les conduites liées à la sollicitude et au soin. Apporter une réponse concrète aux besoins des autres ne relève pas d’une préoccupation spécifiquement féminine mais pose une question d’organisation politique fondamentale recoupant l’expérience quotidienne de chacun.

Pour elle, se soucier de quelqu’un implique un besoin de sollicitude. D’où la qualité morale spécifique de l’attention à l’autre, qui consiste à reconnaître ce dont il a besoin. Prendre soin suppose la responsabilité du travail de sollicitude qu’il faut accomplir. Le fait de soigner, travail concret de la sollicitude, suppose la qualité morale de la compétence, non pas comprise comme une compétence technique, mais bien comme une qualité morale. Elle pointe le fait que le soignant prodigue le soin infirmier dans la plus totale congruence avec la personne rencontrée suivant son système de représentations, et non à l’encontre de celui-ci. Proximologie, qui se centre sur les enjeux de l’aide aux aidants.

La notion d’accompagnement ou d’accompagnement bienveillant propose une approche plus large et plus politique du Care. Elle l’éloigne du soin pour l’inscrire plus fortement dans le champ social et met en avant le rôle de l’aidant comme de l’aidé. 10 millions d’aidants qui représentent une économie de 164 milliards d’euros pour la collectivité. L’Appel insiste sur la nécessité d’ouvrir des droits spécifiques en matière de prévention santé et de maintien de droits sociaux pour les aidants bénévoles.

Paulette Guinchard, ancienne secrétaire d’État aux personnes âgées, pose explicitement la question :  Dans nos sociétés où la crédibilité de l’action politique est remise en cause, l’éthique du care, de la sollicitude débordant de la sphère privée du soin, peut-elle être un nouveau moteur pour un projet politique, pour un projet de société ? D’autres critiquent la déresponsabilisation étatique, en rapport avec la capacité de l’État-providence à prendre en charge les personnes vulnérables. Les familles seraient prises dans une situation de dépendance dans l’assistance. Au sein de l’administration, l’idée commence aussi à infuser par le haut. M-E Joël, met en avant le rôle prépondérant des femmes dans l’accompagnement de la dépendance, qu’elles soient aidantes ou professionnelles. Il est d’autant meilleur qu’il est démocratisé. Il apparaît donc que, sur le marché du travail comme au domicile, les activités de Caring restent largement dans les faits réalisées par et sous la responsabilité des femmes.